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Durga, la femme debout

Updated: Jun 6

C'est le titre d'une retraite à laquelle j'ai participé en 2021, guidée par celles qui m'ont transmis la médecine des cercles de femmes Lualuna. Contre toute attente, pendant ces 3 jours, j'ai passé beaucoup de temps à terre...


Aux pieds des 3 Becs, j'ai vécu de grands moments clefs sur mon chemin de guérison. Reconnaitre par l'épreuve, et une fois de plus, la puissance de ma propre vulnérabilité a été infiniment enseignant...


A l'époque de la retraite, je traversais une nouvelle période effrayante de désert médical concernant les fibromes nichés par dizaines dans mon utérus (découverts en 2011). Je perdais plus de 50 centilitres d'un sang rouge vif en moins de 24h chaque mois (pour repère, les saignements des lunes sont considérés comme abondants à partir de 80 millilitres) et j'avais découvert que le seul traitement disponible, que je prenais depuis 10 ans, avait été subitement retiré du marché... J'étais une nouvelle fois projetée dans le vide, sans parachute, du sang plein les mains. Au point où j'en arrivais à avoir des montées de panique sur les toilettes à la vue de ce torrent rouge incessant, terrifiée à l'idée de mourrir à petit feu, littéralement vidée de mon sang. Un goutte à goutte mortifère. Ambiance intérieure en mode fin du monde, clairement.


J'ai choisi de m'inscrire à cette retraite car, abandonnée par les médecins et la science, j'étais en quête du soutien de la tribu, en quête d'humanité. J'avais déjà commencé à pratiquer ces dernières années, notamment grâce aux cercle de femmes, le fait de demander de l'aide et d'oser me montrer dans mes espaces de grande vulnérabilité. Je me sentais totalement en confiance de rejoindre un groupe de femmes reliées aux valeurs des soeurs Lualuna. Je savais que je serai la bienvenue quel que soit mon état. Mais entre savoir, et agir en fonction de ce que l'on sait... C'est justement là que se trouvait le point de départ de mon expérience alchimique : allais-je oser me présenter à la retraite dans cet état physique et émotionnel ? Au fil des cercles et des retraites entre femmes vécus auparavant, mon coeur avait commencé à s'ouvrir et à s'apaiser d'avoir été vue et respectée dans toutes mes couleurs, du gris le plus terne à l'arc-en-ciel le plus lumineux. Alors, me sentant de toute manière perdue, dans tous les sens du terme, j'ai foncé droit vers l'espace que ma formatrice ouvrait. Enfin, qu'elle, et Durga, ouvraient. Durga, cette guerrière intransigeante accompagnée de son tigre sur les champs de batailles...


La nuit du 1er jour de cette retraite "Durga, la femme DEBOUT", j'ai fini aux urgences. Cela faisait plusieurs jours que des douleurs lancinaient dans mon bas ventre et j'ai voulu vérifier qu'il n'y avait rien de grave, au-delà des fibromes. J'ai même pensé à l'appendicite, juste pour changer de sujet. Mais non, après 3 heures passées sur un brancard, le verdict du radiologue de nuit fut très clair : "Pas d'appendicite, rien de neuf : ce sont vos fibromes qui créent ces douleurs". Il aurait pu (dû ?) s'arrêter là, après tout, il n'y avait rien à ajouter. Mais...

Lui - "C'est un vrai sac de noix votre utérus, faudrait tout simplement l'enlever."

Je l'ai regardé avec mes yeux-de-poisson-de-5h-du-matin-aux-urgences-exorbités, incapable de dire un mot.

Lui - "Bon mais vous avez des enfants je présume"

Moi - "Non"

Lui - "Mais vous avez quel âge ?"

Moi - "38 ans"

Lui - "Ah... ben bon courage madame"

Et il s'en est allé, les yeux rivés sur son smartphone, me laissant seule dans la salle d'échographie toute froide. Aux douleurs et à la fatigue, s'ajoutent la colère, la peur et la frustration. La solitude et la tristesse aussi. On en parle de mon désir de grossesse, de mon envie de porter la vie, de devenir maman ? Solitude et tristesse...


Autant dire que le 2ème jour de la retraite j'étais épuisée par la nuit banche, désespérée... et shootée car j'avais décidé de prendre les calmants prescrits par les urgences. Moi qui ne prenais plus de doliprane ni d'anti-inflammatoires depuis des années, j'étais toute groggy...

Revenue de l'hôpital peu après l'aube, le zombi en moi ne souhaitait qu'une chose : rejoindre la tribu. J'ai demandé à passer la matinée de pratiques auprès des autres femmes et ai été installée sur un matelas dans la yourte pour me sentir près du groupe. La "femme debout" en moi en a pris un coup, j'étais pliée en deux de douleurs et incapable du moindre effort... mais je n'étais pas seule, je me sentais "ensemble", reliée, soutenue, portée.


J'ai été submergée d'émotions, lorsque toutes les femmes se sont réunies, assises en un immense cercle pour clôturer la matinée, et qu'elles m'ont incluse, moi, allongée sur mon matelas. Elles me tenaient par la main, m'intégrant physiquement dans le cercle. J'étais incapable de me redressée mais j'étais avec elles, dans le groupe. A l'inverse de vivre le rejet et l'isolement, je faisais l'expérience d'être partie intégrante d'un grand tout rempli de tant de couleurs : des femmes joyeuses, tristes, confiantes, perdues, de tous les âges, bien dans leur corps/couple/travail/vie, complexées, en quête de sens et de reliance... Je n'étais pas seule, même au fond de mon lit de malade, je me sentais complètement intégrée au processus global en cours.


Les pratiques de l'après-midi s'annonçaient intenses, si bien que les accompagnatrices m'ont suggéré cette fois-ci de sortir de la yourte et de prendre un temps pour me reposer dans un bungalow juste à côté. Là encore, ce fut un grand processus pour moi de prendre la décision de m'extraire du groupe, de choisir le calme alors que se préparait la tempête libératrice. Durga qui sort du champ de bataille pour aller se coucher en paix... qui l'eut cru ? Et pourtant, ça y est j'étais enfin prête à faire ce choix conscient de quitter la meute pour mieux me retrouver. Emmitouflée au creux d'une couette, un oreiller en guise de doudou réconfortant, les effluves de la pratique en cours dans la yourte voisine m'ont replongée dans tous ces moments de ma vie où je n'ai pas pris soin de ma santé. Les abus envers moi-même, l'intoxication et la destruction à tous les niveaux. Le yang dans son déséquilibre le plus dévastateur. Durga était en train de me montrer que m'allonger était nécessaire pour apprendre à me redresser, alignée à mon coeur : elle ne me laisserait pas me relever tant que je ne m'aimerais pas totalement. Moi aussi je devais pouvoir m'accueillir et m'assoir auprès de moi-même dans tous mes états...


Le 3ème jour, j'avais pris l'habitude de m'installer sur le matelas prévu pour moi dans la yourte. Je sentais que cette place me régénérait peu à peu, je recevais en plus beaucoup de soin et d'attentions de la part des accompagnatrices et des participantes. Chaque regard, chaque sourire que j'accueillais des autres femmes, elles-mêmes impliquées dans leur processus respectif, était autant d'occasions de savourer et d'éprouver cette expression que j'aime tant : "Être seule ensemble". Chacune est responsable d'elle-même, personne ne va sauver personne, mais ensemble nous retrouvons le courage de nous relever par et pour nous-même, nous nous inspirons les unes les autres, nous osons. La force qu'offre le collectif à chacune est infini.


Pour la clôture de cette retraite, mon corps moins endolori et plus léger m'a autorisée à vivre le dernier processus proposé. C'était un temps de mouvement libre sur des musiques bien intenses, à l'image de la guerrière de lumière Durga. Là, je suis restée un genou à terre, au milieu de toutes les autres femmes déchaînées sur leurs 2 pattes. Là où d'habitude, j'entre dans une transe spectaculaire, je suis restée cette fois-ci dans une danse brulante intérieure. Mon chaudron magique s'est réveillé, activant le feu de mon amour propre, transmutant ma vulnérabilité en puissance ultime : enfin, j'étais "debout" ! A terre, au coeur du vacarme, je rugissais intérieurement de confiance, de détermination, de foi, de joie ! Au plus profond de moi, j'étais Durga ! La femme debout !


Pour le cercle de fermeture, j'ai quitté mon matelas et ai pu fièrement m'assoir aux côtés de mes soeurs de coeur au sein du grand cercle. J'ai pu remercier toute la magie de ce qui s'était vécu dedans et dehors, avec tant d'effets miroir alchimiques. Beaucoup de femmes sont venues me voir pour me partager ce que ma présence, mes difficultés et mon attitude avaient fait résonner en elles. En osant m'étaler par terre, j'avais été inspirante. C'est une des raisons pour lesquelles je répète souvent dans les cercles et retraites que je guide qu'en prenant pleinement notre place, avec notre couleur unique, on encourage vraiment les autres à oser prendre la leur. Ensemble on est clairement plus fortes, voilà pourquoi ces rassemblements sont tellement précieux.


Et puis, est venu le temps du départ et celui de l'intégration. Ressourcée et réconfortée, j'ai repris mon chemin, l'utérus toujours aussi lourd mais le coeur confiant, vers la suite de l'aventure initiatique qu'est la vie, loin d'en avoir fini avec ses défis...

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1 Comment


Anne Vray
Anne Vray
Jun 05

Whaou je viens de lire ton dernier post quelle leçon (positive non moralisatrice) je t'admire sincèrement non pas comme une groupie mais avec respect et gratitude. Plus tu te dévoiles plus je comprends. Tu es légitime dans ta guidance

Je remercie l'univers de t'avoir mise sur mon chemin et de m'avoir guidée vers toi 🙏❤️ Anne

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